Consoles beige, écrans CRT et une réplique culte qui, pour une fois, ne racontait pas de bêtises. Un ingénieur a passé au crible chaque ordinateur visible dans Jurassic Park, modèle par modèle, système par système. Le résultat, relayé par Ars Technica, tient de l’inventaire archéologique autant que du rappel historique. En 1993, le film de Steven Spielberg tournait avec du vrai matériel Unix. La fameuse tirade « It’s a Unix system » n’était donc pas du pipeau de scénariste.
Le décryptage s’inscrit dans un regain d’intérêt pour les traces informatiques des films des années 1990, époque où les studios collaient encore de vraies stations de travail à l’écran. Dans Jurassic Park, les machines ne font pas que meubler : elles peuplent la salle de contrôle, les caravanes et les véhicules du parc.
Points clés
- Un ingénieur a identifié chaque ordinateur visible dans Jurassic Park (1993), machine par machine.
- On y croise un Apple PowerBook 100 et surtout des stations Silicon Graphics tournant sous IRIX.
- La réplique culte « It’s a Unix system » correspondait à un vrai environnement Unix de l’époque.
- L’outil de navigation 3D fsn sous IRIX était utilisé dans l’industrie des effets visuels.
Du PowerBook à SGI : l’inventaire complet
L’enquête commence avant même l’arrivée sur l’île. Un Apple PowerBook 100 traîne dans la caravane du paléontologue Alan Grant et de la paléobotaniste Ellie Sattler. Plus loin, la salle de contrôle aligne des stations haut de gamme de l’époque, avec les postes de Dennis Nedry et Ray Arnold au premier plan.
Les vedettes restent les machines de Silicon Graphics (SGI), la famille de stations Unix qui a régné sur la 3D et les effets visuels au début des années 1990. C’est aussi l’univers SGI qui a offert au film son gadget le plus commenté : la navigation de fichiers en 3D, associée à l’environnement IRIX et à l’outil fsn. Rien de fantaisiste là-dedans. Ces systèmes tournaient réellement dans l’industrie des effets spéciaux, notamment chez Industrial Light & Magic.
Le repérage sépare soigneusement les machines réellement filmées des logiciels de démonstration et des simples éléments de décor. Il remet chaque poste à sa place : portable pour les scènes hors du parc, station de travail pour la salle de contrôle, environnement Unix pour les interfaces techniques. Une informatique professionnelle encore rare pour le grand public en 1993, et sur laquelle le film a bâti une partie de son image de modernité.
Le « Unix system » disait vrai
La réplique lancée par la jeune Lex, « It’s a Unix system », repose sur du solide. Les stations SGI tournaient bien sous Unix, via IRIX, le système maison de Silicon Graphics. L’interface n’était pas seulement crédible en surface : elle renvoyait à un environnement qui existait pour de bon et qui a marqué le cinéma de la décennie.
Voilà pourquoi ce genre d’analyse continue de circuler trente ans après la sortie et alimente encore de longues discussions entre nostalgiques. Les ordinateurs de Jurassic Park ne sont pas des accessoires interchangeables. Ils fixent un instant précis de l’informatique, celui où les stations Unix et les démonstrations graphiques en 3D faisaient le quotidien des studios d’effets spéciaux. Preuve qu’un peu de rigueur technique sur un plateau de tournage survit mieux au temps qu’un dinosaure en images de synthèse.