Brancher toujours plus de serveurs sur un réseau électrique conçu à une autre époque, puis promettre que l’IA remettra de l’ordre dans le chaos qu’elle a contribué à créer. C’est la ligne défendue par une tribune du Wall Street Journal : moderniser le grid américain ne serait plus un chantier lointain mais une urgence. Les chiffres publiés ces dernières semaines lui donnent raison sur le diagnostic. La consommation des data centers explose, les coûts d’accès au réseau grimpent et les opérateurs cherchent déjà comment piloter plus finement des flux au bord de la saturation.
Points clés
- Les prix de capacité du réseau PJM ont bondi de 1 038 % entre 2024 et 2026, portés par la demande des data centers.
- La capacité des data centers américains doit passer d’environ 24 GW aujourd’hui à 110 GW en 2030 selon Wood Mackenzie.
- Seules 45 % des compagnies électriques utilisent déjà l’IA pour optimiser le réseau, malgré les promesses du secteur.
- Le 30 juin, le département de l’Énergie a imposé des générateurs de secours à de gros consommateurs de la zone PJM.
Une demande électrique tirée par les data centers
Le 7 juillet, Reuters rapportait que les data centers de la Big Tech faisaient grimper les factures d’électricité dans le Rust Belt. Dans la zone PJM, ce grand réseau qui couvre 13 États et Washington, les prix de capacité sont passés de 28,92 dollars par mégawatt-jour en 2024 à 329,17 dollars en 2026. Soit une hausse de 1 038 %. De quoi refroidir les usines de la région, au sens figuré cette fois.
« [Les data centers] peuvent être construits plus vite que la génération nécessaire pour les alimenter, ce qui fait croître la demande plus vite que l’offre. »
Jeff Shields, porte-parole de PJM
La capacité des data centers aux États-Unis doit atteindre 110 gigawatts en 2030, contre environ 24 gigawatts aujourd’hui selon Wood Mackenzie. Et le goulot d’étranglement n’est pas que dans les factures : les transformateurs et autres équipements critiques du réseau se font rares, avec des délais d’approvisionnement qui s’allongent.
Le sujet est aussi devenu politique. Le 13 juillet, la Maison-Blanche voulait réunir compagnies électriques et développeurs de data centers autour d’un engagement volontaire, histoire d’éviter que l’appétit énergétique de l’IA ne finisse sur la facture des ménages.
L’IA comme outil d’exploitation du réseau
Le débat ne porte pas seulement sur la consommation. Un rapport cité fin juin par Reuters relève que les dirigeants du secteur voient dans l’IA un outil de planification et de fiabilité. Dans cette étude, 68 % anticipent des pénuries, mais environ six sur dix estiment que des analyses avancées par IA peuvent améliorer de plus de 10 % la réduction des pannes, la productivité opérationnelle et la restauration des coupures.
Reste que la théorie devance nettement la pratique. Seules 45 % des organisations électriques utilisent déjà l’IA pour l’optimisation du réseau et 16 % ont déployé des approches plus poussées pour piloter les flux en temps réel. L’argument du Wall Street Journal tient là : moderniser le réseau prend des années, quand un outil logiciel se déploie en mois. Prévoir les charges, répartir les ressources, limiter les incidents.
Le réseau sous contrainte, du raccordement à l’urgence
Les investisseurs de centres de données rachètent désormais des développeurs d’énergie pour sécuriser leur alimentation, pendant que les opérateurs de réseau tentent de suivre la cadence. Goldman Sachs estime que la consommation électrique des data centers américains passera de 31 gigawatts en 2025 à 66 gigawatts en 2027.
En Chine, la demande d’électricité des data centers pourrait grimper de 300 à 500 milliards de kilowattheures entre 2026 et 2030, une part importante de la croissance nationale. Même équation partout : ce ne sont pas seulement les centrales qui manquent, ce sont les lignes, les postes et les délais d’interconnexion.
Le 30 juin, le département américain de l’Énergie a ordonné le recours à des générateurs de secours pour certains gros consommateurs du réseau PJM pendant une période de tension. Le mot d’ordre n’est plus « capacity » ni « buildout » mais faire tenir l’existant sans coupure. L’IA promet de sauver le réseau ; en attendant, ce sont de bons vieux groupes électrogènes qui font le travail.