Louer des serveurs aux rançongiciels comme on loue un box de stockage, sans poser de questions : c’est le modèle « bulletproof hosting » que la justice américaine vient de coincer dans son viseur. À Cleveland, les procureurs fédéraux ont levé lundi un acte d’accusation contre trois ressortissants russes, Aleksandr Volosovik, Kirill Zatolokin et Yulia Pankova, ainsi que les sociétés Media Land LLC et ML.Cloud LLC. Le grief : avoir fourni l’infrastructure de gangs de ransomware pour plus de 62 millions de dollars de pertes.
L’enquête du département de la Justice a duré environ sept ans. Media Land y est décrite comme un hébergeur « bulletproof », ce modèle qui loue serveurs, adresses IP et services réseau à une clientèle criminelle en promettant de masquer son activité et de faire tourner en bourrique les forces de l’ordre. Ransomware, phishing, attaques par bruteforce, places de marché de données volées : le catalogue maison ne visait clairement pas les blogs de recettes.
Points clés
- Trois ressortissants russes et les sociétés Media Land et ML.Cloud sont inculpés pour bulletproof hosting.
- L’infrastructure aurait servi à LockBit, BlackSuit et Play, pour plus de 62 millions de dollars de pertes dans 21 États.
- Récompense de 10 millions de dollars via Rewards for Justice et sanctions coordonnées US et UE.
- Aucune arrestation : les inculpés se trouvent en Russie.
Trois personnes, deux sociétés, un réseau tentaculaire
L’acte d’accusation, rendu par un grand jury fédéral en décembre 2024 puis rendu public cette semaine, vise :
- Aleksandr Alexandrovich Volosovik, 43 ans, présenté comme basé à Saint-Pétersbourg ;
- Kirill Andreevich Zatolokin, 34 ans, également à Saint-Pétersbourg ;
- Yulia Vladimirovna Pankova, 29 ans, elle aussi à Saint-Pétersbourg ;
- Media Land LLC, société basée à Saint-Pétersbourg ;
- ML.Cloud LLC, société basée à Saint-Pétersbourg.
Selon les autorités américaines, les deux sociétés fournissaient serveurs et accès Internet à des clients criminels tout en opérant depuis plusieurs pays, dont la Chine, la Finlande, les Pays-Bas et les États-Unis. Cette infrastructure aurait servi à frapper des victimes dans 21 États et plusieurs pays. Les groupes LockBit, BlackSuit et Play figurent parmi les locataires cités dans le dossier.
« Ces affaires ont touché des victimes dans 21 États et dans le monde entier, causant plus de 62 millions de dollars de pertes », indique le département de la Justice dans son communiqué.
Récompense, sanctions et pression coordonnée
Le même jour, le programme Rewards for Justice du département d’État a promis jusqu’à 10 millions de dollars à quiconque fournirait des informations sur d’éventuels liens gouvernementaux, sur les activités visées ou sur l’usage de Media Land et ML.Cloud par des acteurs soutenus par un État. Des sanctions américaines avaient déjà frappé les personnes et sociétés visées en novembre 2025. Une annonce européenne de sanctions a suivi le 13 juillet, dans le cadre d’une action internationale coordonnée contre l’infrastructure cybercriminelle.
À ce stade, aucune arrestation : les trois inculpés se trouvent en Russie, hors de portée des mandats américains. Le ministère public du district nord de l’Ohio a placé l’affaire à Cleveland, où résident plusieurs des victimes. Une inculpation retentissante donc, mais dont l’exécution reste, pour l’instant, un vœu pieux.