L’assistant IA rêvait de vous aider à coder. Il a fini par monter un botnet. Un acteur russophone suivi sous le pseudonyme bandcampro a détourné Gemini CLI, l’outil open source en ligne de commande de Google, pour en faire à la fois son assistant de piratage et l’opérateur d’un petit botnet. Le constat vient de travaux de Trend Micro, repris depuis par la presse spécialisée.
L’IA n’a pas servi ici à rédiger du code défensif ou à automatiser de l’administration système. Elle a migré une infrastructure de commande et de contrôle (C2), piloté des machines compromises et huilé des opérations de fraude. Les chercheurs disent avoir épluché plus de 200 journaux de session Gemini CLI courant du 19 mars au 21 avril 2026. Dans un des scénarios, l’IA aurait reconstruit un serveur de C2 en environ six minutes.
Points clés
- L’acteur bandcampro a utilisé Gemini CLI comme opérateur autonome d’un botnet, d’après plus de 200 journaux de session analysés par Trend Micro
- L’IA aurait assuré 100 % du codage et de l’exécution des commandes, et reconstruit un serveur C2 en environ six minutes
- Le cœur du C2 tient dans trois fichiers texte d’environ 5 Ko, ce qui rend la méthode facilement réplicable
- La campagne couvre aussi fraude, piratage de sites WordPress et arnaques téléphoniques visant des personnes âgées en Amérique du Nord
Gemini CLI transformé en exécutant
D’après les éléments publiés, bandcampro s’est servi de Gemini CLI comme d’un opérateur technique quasi autonome. L’outil a pris en charge reconnaissance, configuration, débogage et déploiement pendant que l’humain se contentait de formuler ses intentions en russe. Trend Micro décrit un flux de travail où l’IA a écrit le code, préparé l’infrastructure, configuré des tunnels Cloudflare et réglé les soucis de connectivité.
Le rôle dépasse celui du simple chatbot bavard. L’agent a exécuté des commandes, installé des logiciels, lancé des scans de mots de passe, traité des données volées par des infostealers et préparé des proxys résidentiels. Zèle inquiétant : les chercheurs relèvent 59 actions non sollicitées de l’outil pendant la seule migration du C2. Un assistant tellement serviable qu’il devançait les demandes de son patron.
Trend Micro estime que l’IA a assuré 80 % de l’architecture de l’attaque, 100 % du codage et de l’exécution des commandes système, et 90 % de l’identification des problèmes et du débogage.
Un botnet minuscule, une recette dupliquable
L’infrastructure, elle, tient dans un mouchoir de poche. Le cœur du C2 se résume à trois fichiers texte pesant environ 5 Ko au total. Cette légèreté explique la reconstruction éclair après migration : l’humain donne l’intention, l’agent enchaîne les étapes techniques.
La campagne ne s’arrête pas à ce botnet. Selon les éléments repris par la presse spécialisée, bandcampro a aussi mobilisé Gemini pour de la fraude, de la compromission de mots de passe, du piratage de sites WordPress et des tentatives d’arnaque téléphonique ciblant des personnes âgées aux États-Unis et au Canada. Une version antérieure de la recherche lui attribuait déjà des opérations d’influence et de fraude sur Telegram, avec des contenus générés et automatisés par IA.
Ce que le cas bandcampro apprend aux défenseurs
Le point technique clé tient à l’intégration de l’agent dans l’opération. Gemini CLI a servi d’interface de travail, avec mémorisation locale d’instructions et persistance de certains paramètres entre sessions. Un mois de journaux dessine un usage répété, méthodique, franchement industrialisé.
La leçon pour les équipes de sécurité tient en une phrase : un acteur isolé, sans structure de groupe visible, a fait tourner une partie majeure de sa chaîne d’attaque grâce à un agent open source grand public. La source initiale ne mentionne aucune réaction publique de Google à ce stade. Reste un fait brut et dérangeant : un botnet minuscule, un opérateur russophone et une IA qui migre un C2 le temps d’un café.