Louer des serveurs à des rançonneurs, sans poser de questions : c’est le fonds de commerce du « bulletproof hosting », et la justice américaine vient d’en présenter la facture. Mardi 14 juillet 2026, Washington a levé le sceau sur des actes d’accusation visant trois ressortissants russes et deux sociétés d’hébergement web, soupçonnés d’avoir fourni l’infrastructure de cyberattaques ayant coûté plus de 62 millions de dollars à leurs victimes.
Le principe est connu de tout le milieu cybercriminel : des serveurs loués en toute conscience à des opérateurs de malware et de ransomware, avec ce qu’il faut de manœuvres pour compliquer la vie des forces de l’ordre. Selon le ministère américain de la justice, l’acte d’accusation date de décembre 2024 et vise des services basés à Saint-Pétersbourg.
Points clés
- Trois ressortissants russes et deux sociétés (Medialand LLC, ML.Cloud LLC) inculpés pour bulletproof hosting
- Plus de 62 millions de dollars de pertes et 42 victimes dans 21 États américains
- Sanctions dès novembre 2025 et récompense jusqu’à 10 millions de dollars via Rewards for Justice
Trois Russes et deux sociétés dans le viseur
Le dossier cite Alexander Alexandrovich Volosovik (43 ans), Kirill Andreevich Zatolokin (34 ans) et Yulia Vladimirovna Pankova (29 ans), tous originaires de Saint-Pétersbourg. Deux sociétés sont poursuivies : Medialand LLC et ML.Cloud LLC, basées dans la même ville.
Les chefs d’accusation vont de la conspiration en vue de fraude informatique à la fraude électronique et au blanchiment d’argent. D’après les autorités, ces services ont fourni serveurs et accès internet à des groupes criminels pour orchestrer des campagnes de ransomware, de phishing, d’attaques par force brute et l’hébergement de places de marché illégales.
« Ces entreprises fournissaient ce qu’on appelle des services de bulletproof hosting, permettant à leurs clients non seulement de mener des activités criminelles, mais aussi d’échapper à la détection par les forces de l’ordre », indique le ministère américain de la justice dans son communiqué.
62 millions de dollars de dégâts
Le dossier fédéral rattache à cette infrastructure plus de 62 millions de dollars de pertes. Le ministère précise que 42 victimes réparties dans 21 États ont été ciblées par des groupes exploitant les services de Medialand et ML.Cloud.
Selon les documents judiciaires, l’infrastructure de Medialand ne restait pas cantonnée à la Russie : elle s’appuyait aussi sur des serveurs en Chine, en Finlande, aux Pays-Bas et aux États-Unis. De quoi diffuser malware et ransomware, alimenter des marchés criminels, enregistrer de faux domaines et servir de rampe de lancement pour le phishing et les attaques par force brute.
Sanctions, récompense et guerre au bulletproof
Les trois personnes et les deux sociétés avaient déjà été frappées par des sanctions américaines en novembre 2025. Cette semaine, le département d’État a ajouté une récompense pouvant atteindre 10 millions de dollars via le programme Rewards for Justice, contre des informations sur les complices ou l’usage malveillant de ces infrastructures.
L’affaire s’ajoute à une série de coups de filet contre le bulletproof hosting, ce maillon discret mais essentiel de l’économie cybercriminelle qui vend serveurs, adresses IP et relais techniques aux gangs de ransomware. Les clients cités dans le dossier auraient visé écoles, hôpitaux et banques. Reste que les trois inculpés sont en Russie, hors de portée des mandats américains : l’accusation est prête, encore faut-il pouvoir la faire tenir devant un tribunal.