Encore un procès pour Google, encore une histoire d’IA gavée à la littérature d’autrui. Hachette, Cengage, Elsevier et l’écrivain Scott Turow accusent le groupe américain d’avoir entraîné ses modèles Gemini sur des œuvres protégées sans la moindre autorisation, selon les éléments publiés par l’Association of American Publishers.
Déposée dans le district sud de New York, la plainte vise des millions de textes. Google aurait copié des livres et articles de revues issus de services à accès restreint, de sources piratées et de ses propres plateformes Google Books, Google Play et Google Scholar. Les plaignants réclament des dommages et intérêts, une injonction contre tout nouvel usage de ces œuvres et la destruction des copies litigieuses.
Points clés
- Hachette, Cengage, Elsevier et l’écrivain Scott Turow attaquent Google devant le tribunal fédéral de New York.
- Ils accusent Google d’avoir entraîné Gemini sur des millions de textes issus de services restreints, de Google Books/Play/Scholar et de sources piratées.
- Les plaignants réclament dommages et intérêts, injonction et destruction des copies litigieuses.
- L’affaire s’ajoute à d’autres litiges IA visant Google et Meta sur les données d’entraînement.
Une plainte portée par de gros calibres de l’édition
La procédure a été annoncée le 11 juillet par l’Association of American Publishers, qui aligne Hachette Book Group, Cengage Learning, Elsevier et Scott Turow parmi les demandeurs. L’action est menée au nom d’une classe potentielle d’auteurs et d’éditeurs dont les œuvres auraient été siphonnées sans licence.
Selon le résumé des éditeurs, Google aurait exploité des œuvres « obtenues pour un usage strictement limité » dans ses propres services, puis des copies récupérées via des scrapes non autorisés du web, sources pirates comprises. Les plaignants affirment en outre que l’entreprise aurait retiré des mentions de copyright pour brouiller l’origine des contenus.
« Google a illégalement copié d’innombrables livres et articles de revues (…) pour entraîner les premières versions des modèles d’IA Gemini », affirme la plainte citée par l’Association of American Publishers.
Gemini et l’éternelle question des sources d’entraînement
Le dossier s’ajoute à une série de contentieux sur la provenance des données qui nourrissent les IA. Fin mai, la même association soutenait une action comparable contre Meta, déjà entourée de grands éditeurs. Cette fois, les accusations visent directement Gemini, le modèle de langage maison de Google.
Les éditeurs soutiennent que certaines œuvres proviennent de Google Books, Google Play et Google Scholar, trois services dont l’usage autorisé est censé rester limité. Ils reprochent à Google d’avoir recyclé ces copies pour entraîner un système capable de produire des contenus qui concurrencent directement les livres et articles d’origine. La plainte demande au tribunal de constater une violation du Copyright Act, d’interdire toute reproduction future non autorisée et d’ordonner la destruction des copies encore détenues par Google. À ce stade, aucune réponse publique détaillée du groupe n’apparaît dans les sources consultées.
Un dossier qui vient grossir la pile
Le calendrier n’aide pas Google. Les tribunaux américains continuent d’arbitrer les limites du fair use appliqué à l’IA. En juin, un juge fédéral de Californie a estimé que l’entraînement sur des livres légalement acquis pouvait relever d’un usage « hautement transformateur ». Une lecture qui, selon les plaignants, ne couvre pas les œuvres récupérées sans autorisation ou pêchées sur des sites pirates.
L’enjeu dépasse Gemini. Google est déjà empêtré dans plusieurs affaires de copyright liées à l’IA, dans le texte comme dans la musique. La question posée au tribunal tient en une phrase : si des œuvres protégées ont servi à entraîner Gemini, avec ou sans licence, à quelles conditions cet usage devient-il légal ?