Des sachets de graines vendus pour faire pousser des fleurs bleu électrique qui n’ont jamais existé ailleurs que dans un GPU. Des vendeurs peu scrupuleux exploitent des images générées par IA pour écouler sur les grandes places de marché des graines présentées comme capables de produire des variétés exotiques impossibles dans la vraie vie. Selon 404 Media, ces annonces prolifèrent sur eBay, Amazon et Etsy, et les plateformes peinent à les faire disparaître.
Points clés
- Des annonces vendent des graines de fleurs « exotiques » illustrées par des images IA de plantes qui n’existent pas, sur Amazon, eBay et Etsy.
- La modération échoue car les vendeurs recréent comptes, images et titres en continu.
- National Trading Standards (9 juin) et McAfee (18 juin) alertent sur des modèles d’IA recommandant des sites frauduleux.
- La fraude contourne les règles anti-contrefaçon car elle ne repose pas sur une marque usurpée mais sur une image fabriquée.
Des fleurs irréelles, des graines bien réelles
Le ressort frauduleux est toujours le même : une photo spectaculaire, un nom de plante crédible en surface, puis une promesse de couleur ou de forme qui n’existe nulle part. Les annonces utilisent des visuels artificiels pour faire croire à des fleurs bleu électrique, multicolores ou autres variétés sorties d’un cauchemar de botaniste, alors qu’aucune plante connue ne correspond à l’image vendue.
Le problème ne se cantonne pas à un seul site. Les marketplaces généralistes, qui hébergent des vendeurs tiers à grande échelle, sont précisément les espaces où ces fiches se renouvellent à toute vitesse. Des jardiniers sur Reddit racontent avoir signalé ces annonces sur Amazon et eBay à répétition, souvent sans retrait durable.
Un terrain propice aux faux catalogues
Le contexte plus large est celui d’une vague de fraudes adossées à l’IA pour produire des images de produits convaincantes. En juin, l’extension universitaire de l’University of Florida a publié une alerte sur des cas de « blue hostas » et d’autres plantes fantaisistes, vendues avec des photos embellies ou inventées. L’organisme rappelle un détail prosaïque : un hosta « bleu vif » reste, dans la réalité, un hosta aux feuilles vertes avec parfois une nuance bleutée.
Ces signalements s’inscrivent dans une montée générale des arnaques au commerce en ligne. National Trading Standards a averti le 9 juin 2026 que des modèles d’IA « pollués » recommandaient des sites frauduleux à des consommateurs, copies de boutiques légitimes et domaines trompeurs à l’appui. McAfee rapportait le 18 juin que des sites marchands clonés apparaissent désormais dans les résultats de recherche générés par IA, ce qui complique encore la vérification avant achat.
Amazon, eBay et Etsy sous pression
Les trois plateformes n’ont pas réussi à endiguer l’afflux. La modération automatique se heurte à un problème trivial à reproduire : un vendeur ferme un compte, en rouvre un autre, change une image, reformule un titre, et remet en vente la même promesse de graines « rares » ou « exotiques ». Le jeu du chat et de la souris, version horticole.
Le dossier touche aussi les règles internes des plateformes. Etsy exige que les produits correspondent à ce que l’acheteur reçoit, eBay interdit les descriptions mensongères et Amazon encadre la conformité des annonces. Sauf qu’ici la fraude ne passe ni par un logo contrefait ni par une marque usurpée, mais par une image fabriquée en quelques secondes : un angle mort que les politiques anti-contrefaçon classiques ne couvrent pas.
Pour les acheteurs, les signaux d’alerte restent constants : fleurs impossibles, photos trop parfaites, prix anormalement bas et vendeurs sans historique. Quand l’image peut être générée en un clic, la seule réalité qui compte est celle du sachet livré dans la boîte aux lettres.