Le robot mangeur d’emplois aurait-il un appétit plus capricieux que prévu ? Une étude publiée le 30 juin 2026 par Ramp et Revelio Labs associe les plus gros budgets IA à une croissance de l’emploi : environ 10 % d’effectifs en plus sur deux ans, et 12 % de recrutements supplémentaires en début de carrière chez les entreprises les plus investies.
Le constat va à rebours du débat qui tourne en boucle depuis des mois sur l’IA générative en faucheuse de postes. Dans les données de Ramp, les entreprises qui dépensent le plus en intelligence artificielle ne rabotent pas leur masse salariale. Elles l’élargissent, y compris sur les postes que l’automatisation est censée croquer en premier.
Points clés
- L’étude Ramp/Revelio Labs couvre 21 559 entreprises américaines suivies sur 24 mois après l’adoption de l’IA.
- Les plus gros investisseurs en IA affichent +10,2 % d’effectifs et +12 % de recrutements juniors sur deux ans.
- Aucun effet significatif chez les entreprises qui se limitent aux abonnements ou aux tests sans budget soutenu.
- La croissance touche ingénierie, ventes, administration et service client, avec un effet plus fort dans la tech.
Plus de 21 000 entreprises américaines passées au crible
Le papier de recherche, intitulé « Firm-Level AI Spending and Workforce Adjustment », croise les dépenses observées sur la plateforme financière de Ramp avec les données de main-d’œuvre de Revelio Labs. L’échantillon couvre 21 559 entreprises américaines, suivies sur 24 mois après l’adoption de l’IA.
Ramp trie les entreprises selon l’intensité de leur usage, mesurée à la dépense IA par employé dans les trois premiers mois. Chez les high-intensity adopters, ceux qui mettent le plus au pot, l’effectif total grimpe de 10,2 % sur deux ans. Les entreprises à faible intensité, elles, n’affichent aucune variation statistiquement significative. Selon l’étude de Ramp sur l’impact de l’IA sur l’emploi, les recrutements juniors progressent encore plus vite dans le groupe le plus exposé : 12 % sur deux ans. La part des salariés débutants gagne 1,15 point de pourcentage face au groupe de contrôle.
« Les entreprises qui réalisent les plus gros investissements en IA voient leur emploi croître d’environ 10 % après l’adoption, tandis que les adopteurs à faible intensité n’enregistrent aucun changement statistiquement significatif. » (Ramp, « Firm-Level AI Spending and Workforce Adjustment »)
Plusieurs métiers concernés, avec un net penchant pour la tech
La croissance des effectifs ne se cantonne pas à une seule fonction. Elle touche l’ingénierie, les ventes, l’administration et le service client. L’effet reste plus prononcé dans le secteur de l’information, qui rassemble le logiciel, internet et les médias.
Les auteurs posent une limite claire : pas d’effet chez les entreprises qui se contentent d’empiler des abonnements ou de bricoler des tests sans budget soutenu. Acheter une licence pour cocher la case « on fait de l’IA » ne fait grossir aucun effectif. Le document est cosigné par Lisa Simon, chief economist de Revelio Labs, et Ryan Stevens, director of applied science chez Ramp, qui le présentent comme la première analyse à relier à grande échelle dépenses IA réelles et données de workforce.
Le débat macroéconomique reste grand ouvert
L’étude n’efface pas les autres signaux du marché du travail. D’un côté, plusieurs analyses pointent des suppressions ou des gels de postes dans les métiers exposés aux outils génératifs. De l’autre, ce travail relié aux plus gros acheteurs d’IA des embauches plus rapides, juniors compris. La croissance de l’emploi chez les plus gros dépensiers en IA dessine donc un profil inverse de la contraction redoutée. Au moins dans cet échantillon, l’argent injecté dans l’IA n’est pas le signal d’une charrette de licenciements mais d’un carnet de commandes qui se remplit.