Des lunettes qui filment en continu et un petit voyant blanc censé rassurer tout le monde. Meta continue d’étendre sa gamme de smart glasses à caméra et à assistant IA, pendant que des organisations de défense des libertés publiques réclament un coup de frein. Le débat monte d’un cran avec les fonctions de reconnaissance faciale en gestation et la perspective de filmer l’espace public quasiment sans interruption.
Points clés
- Meta revendique plus de 7 millions de Ray-Ban Meta vendues en 2025 et domine le marché des smart glasses.
- Une mise à jour coupe la caméra si le voyant blanc de signalement est obstrué ou trafiqué.
- L’ACLU demande à Meta de renoncer à la reconnaissance faciale, chantier interne baptisé « NameTag ».
- New York interdira les lunettes enregistreuses dans ses tribunaux à partir du 20 juillet 2026.
Meta pousse ses lunettes IA dans le grand public
La stratégie est rodée. Avec EssilorLuxottica, Meta a multiplié les versions sous les marques Ray-Ban puis Oakley, et vient d’élargir l’offre avec des modèles vendus à partir de 299 dollars. Le groupe revendique plus de 7 millions de paires de Ray-Ban Meta écoulées en 2025, et les cabinets Omdia comme Counterpoint Research le placent largement en tête du marché des smart glasses.
Chaque appareil embarque une caméra, des haut-parleurs et un assistant IA. Meta met en avant un voyant blanc censé signaler aux personnes autour qu’une photo ou une vidéo est en cours. Sauf que ce garde-fou est déjà contourné : des utilisateurs ont tenté de le masquer, ce qui a poussé Meta à déployer une mise à jour coupant la caméra si le voyant est obstrué ou trafiqué.
Meta explique dans sa FAQ que le voyant lumineux « ne peut pas être éteint » et qu’en cas de manipulation il doit empêcher la capture.
Le vrai angle mort : les passants
Les défenseurs de la vie privée ne s’attaquent pas à celui qui achète les lunettes en connaissance de cause. Leur cible, c’est l’absence de consentement des personnes filmées à côté, souvent sans le moindre moyen de savoir qu’une capture a lieu. L’ACLU a d’ailleurs demandé à Meta de renoncer à l’ajout de fonctions de reconnaissance faciale.
Les critiques s’appuient aussi sur des précédents peu flatteurs. Des images et vidéos issues des lunettes ont été examinées par des travailleurs humains pour améliorer les systèmes d’IA, avec parfois des scènes privées : moments dans une salle de bain, documents bancaires, scènes intimes. Meta a déjà dû clarifier ses politiques de traitement des données et l’usage des contenus partagés avec son IA.
Reconnaissance faciale et usages détournés
Autre point de friction : la reconnaissance faciale. Meta travaillerait sur une fonction capable d’identifier quelqu’un à partir de son visage, baptisée en interne « NameTag ». Aucun lancement public n’a été annoncé, mais les traces de ce chantier ont suffi à raviver les craintes, comme le rappelle TechCrunch à propos du grand écart entre discours rassurant et stratégie IA.
Les régulateurs s’emparent du sujet, localement. À New York, les lunettes capables d’enregistrer audio ou vidéo seront interdites d’accès aux tribunaux à partir du 20 juillet 2026. Pour les opposants, ce genre de mesure résume le problème : impossible de concilier lunettes discrètes, capture permanente et information réelle des personnes filmées.
Meta, lui, continue d’avancer avec un produit de masse décliné en styles et gammes de prix, corrigeant au fil de l’eau les défauts qui nourrissent la défiance. Le débat ne porte plus sur l’existence de ces lunettes, mais sur la manière dont on accepte, ou pas, de se faire filmer par le voisin d’à côté.