voteinutile.fr logo

Prix de la DRAM : après vingt ans de procès perdus, la HBM sort du bois

Accuser trois fabricants de mémoire de s’entendre sur les prix, c’est facile ; le prouver devant un juge fédéral, c’est une autre paire de manches. Voilà deux décennies que les recours collectifs contre les géants de la DRAM butent sur le même mur : des baisses de production coordonnées, oui, mais aucune preuve d’accord. L’affaire Garciaguirre contre Samsung tente une nouvelle approche en s’appuyant sur les allocations de HBM (High Bandwidth Memory), la mémoire empilée qui alimente aujourd’hui les accélérateurs d’IA.

Points clés

  • Les recours civils sur les prix de la DRAM échouent depuis vingt ans faute de prouver un accord au-delà du simple parallélisme.
  • Le DOJ avait sanctionné pénalement un cartel de la DRAM (Samsung, Hynix, Infineon) au milieu des années 2000.
  • L’affaire Garciaguirre contre Samsung s’appuie sur les allocations de HBM, mémoire clé pour l’IA, pour établir une entente.
  • Le droit antitrust américain distingue le parallélisme conscient d’un accord illicite, obstacle majeur des précédents dossiers.

Vingt ans de dossiers qui s’effondrent

L’histoire commence au milieu des années 2000, quand le département de la Justice américain épingle un cartel de la DRAM. Samsung, Hynix, Infineon et d’autres écopent d’amendes pénales lourdes pour avoir coordonné leurs prix. Sur le versant civil, en revanche, les plaignants se sont cassé les dents : les tribunaux fédéraux ont refusé à deux reprises d’y voir une entente illicite.

La raison tient à une subtilité du droit antitrust américain. Voir trois concurrents réduire leur production au même moment ne suffit pas. Les juges appellent cela du parallélisme conscient : chacun réagit rationnellement au marché en surveillant le voisin, sans que cela constitue un accord au sens de la loi. Sans preuve d’une concertation explicite, le dossier reste lettre morte.

La HBM comme pièce à conviction

C’est là que le nouveau recours change de terrain. Plutôt que de s’appuyer une fois de plus sur des coupes de production parallèles, Garciaguirre contre Samsung mise sur les allocations de HBM pour établir l’existence d’un accord que les tribunaux n’ont jamais voulu reconnaître.

Le calcul n’est pas absurde. La HBM est aujourd’hui le goulot d’étranglement de tout le marché de l’IA : quelques fabricants seulement en produisent, et l’allocation de ces volumes rares se décide dans un cercle restreint. Un terrain où le parallélisme est plus difficile à plaider comme une pure coïncidence de marché.

Un pari juridique plus qu’une certitude

Reste que transformer une répartition d’allocations en preuve d’entente demeure un exercice délicat. Les mêmes défenses attendent au tournant : capacités limitées, contrats de long terme, priorités clients. La stratégie a le mérite de l’originalité après vingt ans d’échecs sur le même angle mort. Si elle échoue à son tour, ce sera au moins pour de nouvelles raisons.

Commentaires