Promesse : moderniser des milliers de portails fédéraux. Réalité un an plus tard : des interfaces bâclées, parfois pondues par IA, et des copies de services publics aux mains de la Maison Blanche. Créé par ordre exécutif, le National Design Studio devait dépoussiérer le web de l’État fédéral américain. Le chantier patine, et les pages déjà mises en ligne soulèvent des questions sur la gouvernance et la vie privée.
Points clés
- Le National Design Studio, créé par ordre exécutif en août 2025, tarde à publier ses standards web tout en refondant les sites .gov
- Plusieurs pages fédérales embarqueraient des traceurs commerciaux sans la divulgation exigée par la loi
- Des copies de passports.gov, vote.gov et Login.gov (150 millions d’utilisateurs) seraient enregistrées au nom de l’exécutif présidentiel
Un office taillé pour uniformiser le web fédéral
Tout part d’un ordre exécutif signé en août 2025. Il donne naissance au National Design Studio, structure logée dans l’orbite de la Maison Blanche et chargée de revoir l’ergonomie des sites gouvernementaux. À sa tête, Joe Gebbia, cofondateur d’Airbnb, épaulé par d’anciens du DOGE d’Elon Musk. Le calendrier était serré. Un an plus tard, il est surtout dépassé.
Le studio tarde à publier les standards web censés cadrer la refonte, pendant que les sites .gov, eux, continuent d’être refaits. Ars Technica décrit des interfaces générées par IA jugées bâclées, sur des services pourtant sensibles : aide au prix des médicaments, inscription électorale, passeports, comptes d’épargne pour enfants. Le tout en parallèle de versions désormais contrôlées par l’exécutif, alors que ces portails relèvent normalement d’autres agences.
Des copies de services publics et des traceurs commerciaux
Le Guardian a listé le 28 juin les domaines exploités par l’office : ndstudio.gov, trumprx.gov, realfood.gov et trumpaccounts.gov. Certaines de ces pages embarquent des outils de suivi commerciaux, sans la divulgation publique pourtant exigée par les obligations fédérales. Du tracking sur des sites de l’État, sans prévenir : le geek soucieux de sa vie privée appréciera.
Plus lourd encore, le journal affirme que le studio a développé des copies de passports.gov et vote.gov, ainsi qu’une version de Login.gov, la porte d’entrée utilisée par plus de 150 millions d’Américains pour accéder aux services fédéraux. Selon les documents et le code source cités, ces domaines seraient enregistrés au nom de l’exécutif présidentiel.
Des standards qui existent déjà, mais ignorés
Le plus cocasse, c’est que les règles du jeu sont écrites depuis longtemps. Le 21st Century Integrated Digital Experience Act impose des interfaces accessibles, compatibles mobile, alignées sur le U.S. Web Design System et hébergées sur des domaines .gov ou .mil. Il interdit aussi de dupliquer d’anciens sites et réclame des tests en continu.
Soit exactement ce que les pages repérées semblent piétiner : doublons de services existants, traceurs commerciaux, architectures qui s’écartent des pratiques fédérales habituelles. Un office censé unifier l’apparence de l’État qui ne respecte pas ses propres standards : voilà qui place la refonte .gov au cœur d’un bras de fer sur le contrôle de l’infrastructure numérique fédérale.