Les deux plus grandes places financières de la planète tentent de parler la même langue crypto. Washington et Londres ont dévoilé une feuille de route commune pour rapprocher leurs règles sur les actifs tokenisés. L’objectif tient en une phrase : réduire les frictions réglementaires pour les titres, paiements et infrastructures de marché bâtis sur la blockchain, sans que chaque rive de l’Atlantique n’invente ses propres définitions dans son coin.
La démarche prolonge des travaux déjà bien avancés. Aux États-Unis, la SEC a inscrit le 7 juillet 2026 plusieurs chantiers crypto à son agenda réglementaire annuel. Au Royaume-Uni, la FCA, la Banque d’Angleterre et le Trésor ont publié fin juin une vision commune pour la tokenisation des marchés de gros, avec des retours de l’industrie attendus avant le 3 juillet 2026.
Points clés
- Les États-Unis et le Royaume-Uni publient une feuille de route commune pour aligner leurs règles sur les actifs tokenisés.
- La SEC a inscrit le 7 juillet 2026 la tokenisation et la conservation d’actifs numériques à son agenda réglementaire.
- Le Royaume-Uni vise un gain annuel projeté à 33 milliards de dollars et une synchronisation avec la monnaie de banque centrale d’ici 2028.
- Les consultations réglementaires principales sont attendues en 2027.
Un rapprochement ciblé sur la finance de gros
La feuille de route conjointe entre les États-Unis et le Royaume-Uni vise à aligner les règles applicables aux actifs tokenisés, avec un accent sur la circulation transfrontalière des instruments financiers et l’interopérabilité des cadres de surveillance. Traduction : éviter qu’un titre parfaitement légal à New York ne devienne un casse-tête juridique à Londres, alors que la tokenisation grignote du terrain dans les émissions, le règlement-livraison et la conservation d’actifs.
Côté britannique, le sujet est déjà bien installé dans les chantiers officiels. La Banque d’Angleterre et la FCA ont présenté en juin un programme couvrant titres tokenisés, liquidités et collatéraux dans les marchés de gros. Le document évoque un Digital Gilt Instrument (DIGIT), un projet d’obligation d’État numérique, ainsi qu’un bac à sable réglementé, le Digital Securities Sandbox, déjà utilisé pour des activités encadrées sur des valeurs mobilières tokenisées.
Ce même ensemble de travaux prévoit une synchronisation entre registres d’actifs numériques et monnaie de banque centrale, livraison visée en 2028. Les premières consultations sur des règles plus précises, elles, n’arriveront pour l’essentiel qu’en 2027. La blockchain va vite, la bureaucratie financière un peu moins.
La SEC pousse ses propres chantiers
Aux États-Unis, le président de la SEC Paul Atkins a détaillé le 7 juillet 2026 son agenda réglementaire. Il y affiche sa volonté d’apporter des règles plus nettes pour la levée de fonds en crypto-actifs et pour la conservation et la négociation de titres tokenisés, le tout présenté comme compatible avec la protection des investisseurs.
Le programme du régulateur comprend trois axes : les offres d’actifs crypto, la responsabilité financière et le reporting des courtiers-dépositaires, et la structure de marché pour les actifs numériques. Ces chantiers restent au stade de projets, mais ils donnent un socle aux discussions avec Londres sur les standards à rapprocher.
L’accord de coopération entre les deux capitales porte donc moins sur une harmonisation immédiate que sur un alignement progressif. Les deux places veulent éviter que des divergences de définitions, de garde ou de règlement ne viennent gripper les émissions et transactions transfrontalières d’actifs tokenisés.
Des suites attendues en 2027
Le calendrier avance par paliers. Côté britannique, le retour de l’industrie doit nourrir une feuille de route finale plus tard en 2026, avant des consultations réglementaires principalement en 2027. Côté américain, la tokenisation et la conservation d’actifs numériques figurent déjà dans l’agenda 2026 de la SEC.
Le rapprochement arrive alors que les marchés testent déjà des usages concrets. Coinbase a décroché le 7 juillet 2026 une autorisation au Royaume-Uni pour proposer des investissements traditionnels en plus des crypto-actifs. Les autorités britanniques, elles, tablent sur un gain économique annuel projeté à quelque 33 milliards de dollars pour leur infrastructure de marché tokenisée.
Pour l’heure, le dossier reste cantonné à la finance institutionnelle : obligations d’État, titres de créance, fonds tokenisés, collatéraux et infrastructure de marché. Reste la partie la plus ingrate du travail : transformer cette convergence politique en règles applicables, une consultation après l’autre.