Après avoir appris aux réseaux à se parler, il veut apprendre aux robots logiciels à décliner leur identité. Vint Cerf, coarchitecte de TCP/IP et figure tutélaire de la normalisation du réseau, planche sur un cadre pour identifier les agents d’IA circulant sur l’internet ouvert. L’information, rapportée par TechCrunch, tombe alors que plusieurs groupes techniques et industriels se disputent déjà le terrain de l’identité et de la découverte entre agents autonomes.
Points clés
- Vint Cerf planche sur un standard d’identification des agents IA circulant sur l’internet ouvert
- L’IETF a publié le 6 juillet l’Internet-Draft OpenA2A Agent Identity Protocol pour des identités cryptographiques d’agents
- La Linux Foundation prépare un Agent Name Service open source bâti sur le DNS pour identité et découverte des agents
Un standard pour savoir qui parle
Cerf travaille à une norme destinée à repérer et identifier les agents d’IA « dans la nature ». Le problème est terre à terre. Avant de laisser des logiciels autonomes agir sur le web, encore faut-il savoir qui ils sont, à quoi ils ont droit et comment un service distant peut les reconnaître.
La réflexion prolonge ses propos tenus fin juin à la conférence Open Frontier, organisée par la Laude Institute. Le modèle « agentic » de l’IA, avec des agents d’origines diverses interagissant entre eux, imposera selon lui composabilité, interopérabilité et standardisation. Il doute d’ailleurs que l’anglais soit l’outil idéal pour ces échanges :
« Il y a une flexibilité, mais aussi une ambiguïté, et je pense que la précision pour l’interaction entre agents sera très, très importante. » Vint Cerf, coarchitecte de TCP/IP
Le refrain est cohérent chez l’homme qui a coconçu les protocoles de base d’internet. TCP/IP a permis à des réseaux distincts de dialoguer avec un langage commun. Cerf transpose la même logique à des logiciels capables d’agir seuls, de négocier avec d’autres systèmes et de déclencher des actions sans intervention humaine à chaque étape.
Un terrain déjà bien occupé
Le chantier n’arrive pas en terrain vierge. L’Internet Engineering Task Force a publié le 6 juillet un Internet-Draft baptisé OpenA2A Agent Identity Protocol (AIP), qui décrit un standard ouvert pour créer, gérer et vérifier des identités cryptographiques d’agents IA. Avec la prolifération des agents sur les navigateurs, les plateformes cloud et les environnements d’entreprise, le document veut répondre à trois questions : quel agent est présent, ce qu’il peut faire, et s’il mérite qu’on lui fasse confiance.
Un autre brouillon, daté du même jour dans l’archive de l’IETF, propose un protocole de découverte et d’invocation avec un format de métadonnées commun, une recherche par capacité et une interface d’appel unifiée. La Linux Foundation, de son côté, a annoncé le 23 juin son intention de lancer l’Agent Name Service, une infrastructure open source bâtie sur le DNS pour fournir identité, vérification et découverte des agents IA.
L’initiative de Cerf porte donc moins sur un produit que sur une brique fondamentale : laisser des agents circuler sur l’internet ouvert sans les confondre avec des scripts, des services tiers ou des systèmes malveillants. Identité, authentification, découverte, autorisation : quatre étages que l’IETF et la Linux Foundation commencent déjà à bétonner.
Pourquoi ça remonte maintenant
Les agents IA changent la nature des échanges entre logiciels. Un agent ne se contente plus d’interroger une API ou un moteur de recherche. Il délègue, négocie, coordonne des tâches et enchaîne des actions sur plusieurs systèmes. Plus ces échanges se multiplient, plus l’identité devient un point de passage obligé. Un service doit pouvoir distinguer un agent légitime d’un imposteur, connaître ses capacités et appliquer ses droits.
Les brouillons publiés début juillet vont tous dans le même sens : sortir les agents du bricolage d’intégration et poser des règles communes avant que l’écosystème ne parte en miettes. Cerf, lui, refait surface exactement là où on l’attend depuis un demi-siècle, au moment où une nouvelle génération de machines cherche à son tour un langage partagé pour naviguer sur le réseau.