Rien de tel qu’une bagarre sur quelques octets pour raviver la plus ancienne querelle de Bitcoin. Le projet BIP-110, vendu comme un moyen de limiter les données non financières gravées dans la blockchain, a relancé un débat qui ne meurt jamais vraiment : qui écrit les règles du réseau, et jusqu’où peut aller une modification imposée au nom de la lutte contre le « spam » ?
Les faits vérifiables au 14 juillet 2026 tiennent en peu de lignes. BIP-110 vise les inscriptions de type Ordinals et autres données arbitraires via un soft fork temporaire. Mais la proposition a débordé le terrain technique pour aller chatouiller la censure, la décentralisation et le risque de scission de chaîne. Côté mineurs, le soutien plafonne entre 0,31 % et 1,3 % selon les fenêtres de mesure. Autant dire un filet d’eau dans un torrent.
Points clés
- BIP-110 propose un soft fork temporaire d’environ un an pour limiter les données non financières (Ordinals, BRC-20) inscrites dans les transactions Bitcoin.
- Le soutien des mineurs plafonne entre 0,31 % et 1,3 %, soit environ 5 EH/s sur un réseau proche de 940 EH/s.
- La signalisation obligatoire est visée autour du bloc 961 632, début août 2026, sans appui d’aucune grande pool de minage.
- Les opposants dénoncent le filtrage de transactions valides et un risque de censure et de scission de chaîne.
Une proposition pour dégraisser la blockchain
Baptisé Reduced Data Temporary Soft Fork, BIP-110 veut brider pendant environ un an certaines formes de données non financières dans les transactions Bitcoin. La cible : encadrer des champs comme OP_RETURN et les pushes de données dans le script, pour bloquer le stockage d’images, de jetons BRC-20 ou d’inscriptions similaires.
Les seuils annoncés sont précis : sorties nouvelles plafonnées à 34 octets, OP_RETURN limité à 83 octets, éléments de witness restreints à 256 octets. Les UTXO créés avant l’activation seraient exemptés, et la règle s’éteindrait toute seule au bout d’un an environ. Une mesure à date de péremption, donc.
Le calendrier place une phase de signalisation obligatoire autour du bloc 961 632, avec une fenêtre estimée début août 2026, puis une activation complète quelques milliers de blocs plus tard, fin d’été ou début septembre. Problème : aucune grande pool de minage n’a apporté son soutien. Selon seulement 5 EH/s signalant la proposition sur un réseau proche de 940 EH/s, le texte avance vers sa deadline avec un consensus quasi introuvable.
Le spectre de la censure revient à table
Le fond du conflit ne porte pas sur la taille des données. Il touche à la façon dont Bitcoin arbitre entre usage monétaire et usages annexes. Les partisans de BIP-110 parlent de réduire le bruit sur le réseau. Ses opposants y voient une tentative de filtrer des transactions parfaitement valides selon les règles actuelles, et donc une porte ouverte à la censure.
La Bitcoin Foundation chiffrait le 13 juillet 2026 le soutien des mineurs à 1,3 %. Une autre estimation évoque 0,31 % fin juin, soit environ 5 EH/s pour un réseau proche de 940 EH/s. Le fossé entre la proposition et la puissance de calcul qui la relaie saute aux yeux.
« Les nœuds Bitcoin qui adopteraient BIP-110 rejetteraient les blocs contenant des transactions dépassant les limites proposées, même si ces transactions sont valides selon les règles actuelles de Bitcoin. »
Bitcoin Foundation, dans un article publié le 13 juillet 2026
La controverse ne tient donc pas qu’à la technique. Elle porte sur la légitimité de ceux qui écrivent les propositions, de ceux qui font tourner les nœuds et de ceux qui les appliquent. Un débat que CoinDesk résume comme une bataille sur qui décide de l’avenir de Bitcoin. Pour une monnaie sans chef, chaque tentative de trancher réveille la même angoisse : personne ne veut être celui qui appuie sur le bouton du fork.