Bruxelles veut ouvrir les coffres de Google, Mountain View hurle au cambriolage de données. La Commission européenne prépare des mesures qui forceraient Google à partager davantage de données de recherche avec ses concurrents et à ouvrir Android aux services d’IA tiers. La réponse de l’intéressé tient en une phrase : ces projets menaceraient la vie privée et la sécurité des utilisateurs européens. L’argument est commode quand on défend son monopole, mais il mérite qu’on s’y attarde.
Points clés
- La Commission veut forcer Google à partager les données de Search (requêtes, clics, classements) en conditions FRAND et à ouvrir Android aux IA tierces
- Google affirme avoir réidentifié des utilisateurs en moins de deux heures à partir de données anonymisées
- Décisions attendues d’ici le 27 juillet 2026, avec des amendes jusqu’à 10 % du chiffre d’affaires mondial en cas de non-conformité
Deux procédures, deux nerfs à vif
Le dossier relève du Digital Markets Act (DMA), le règlement européen sur les marchés numériques. La Commission a ouvert deux procédures de spécification pour préciser les obligations de Google : l’une sur le partage des données de recherche, l’autre sur l’interopérabilité d’Android avec des services d’IA concurrents.
Bruxelles veut que Google donne à des tiers l’accès à des données de Google Search : classements, requêtes, clics et vues, le tout dans des conditions dites FRAND (« fair, reasonable and non-discriminatory »). Le second volet vise à empêcher Google de garder pour ses seuls services, Gemini en tête, les fonctions techniques utiles à l’exécution d’agents IA sur Android.
Les décisions finales sont attendues d’ici le 27 juillet 2026, soit six mois après l’ouverture des procédures. En cas de non-conformité, le DMA prévoit des amendes pouvant grimper jusqu’à 10 % du chiffre d’affaires mondial. De quoi calmer les ardeurs, en théorie.
L’argument choc : la réidentification en moins de deux heures
Dans ses remarques aux autorités européennes, Google juge le dispositif d’anonymisation proposé trop fragile. La société affirme que ses propres équipes ont réussi à réidentifier des utilisateurs en moins de deux heures à partir de jeux de données pourtant anonymisés. Elle craint aussi que la circulation de ces données hors de son infrastructure les expose à des usages abusifs ou à des attaques.
Le point de friction tient à la cohabitation entre ouverture de l’accès et protection des données personnelles. Google soutient que certaines informations de recherche, même agrégées ou anonymisées, restent sensibles dès qu’on les croise avec d’autres signaux comportementaux. L’argument n’est pas absurde : la réidentification par recoupement est un classique documenté. Reste qu’il sert à merveille les intérêts d’une entreprise sommée de partager son trésor de guerre.
Android, l’IA et l’art de plaider la sécurité
Le dossier dépasse le moteur de recherche. La Commission examine comment Android doit ouvrir certaines fonctions système aux assistants IA tiers, pendant que Google pousse déjà Gemini sur ses appareils. Les discussions portent sur l’activation par mot-clé, l’accès à certaines applications et l’usage des ressources matérielles nécessaires à des assistants réactifs.
Google n’est pas seul à invoquer les risques de cybercriminalité face à l’ouverture forcée des plateformes. Plusieurs acteurs avancent que ces exigences compliquent la gestion des permissions et la protection des données. L’argument sécuritaire est devenu l’arme favorite des jardins clos sommés d’ouvrir leurs grilles. Parfois fondé, souvent pratique.