Deux visions de l’infrastructure IA à quelques dizaines de kilomètres l’une de l’autre, et pas franchement la même odeur. Dans la région de Memphis, Google déroule ce qu’il présente comme son plus gros chantier d’énergie propre : un ensemble solaire et batteries au Texas, taillé pour nourrir ses data centers dans la zone ERCOT. À une soixantaine de kilomètres de là, xAI, la société d’Elon Musk, fait tourner ses serveurs avec un parc de turbines au gaz installées sans autorisation fédérale sur la qualité de l’air.
Même course à la puissance de calcul, deux stratégies d’alimentation diamétralement opposées. D’un côté, des contrats d’achat d’électricité verte sur quinze ans. De l’autre, un empilement de turbines au gaz au cœur de litiges sur les permis et les émissions.
Points clés
- Google achète la production du Duffy Solar Project (490 MW de solaire, 235 MW/470 MWh de batteries) via un contrat de 15 ans avec Linea Energy.
- Google a aussi signé avec TotalEnergies pour plus de 1 GW de solaire au Texas, soit 1,17 GW cumulés aux États-Unis.
- xAI a installé 59 turbines au gaz pour Colossus 2 sans permis fédéraux de qualité de l’air, dont 57 à Southaven (Mississippi).
- La NAACP a poursuivi xAI en avril 2026 ; l’administration américaine a demandé à intervenir pour classer le dossier.
Google verrouille du solaire et des batteries au Texas
Le projet vitrine s’appelle Duffy Solar Project, dans le comté de Matagorda. D’après Duffy Solar Project, il combine 490 MW de solaire et 235 MW / 470 MWh de stockage batteries. Google en achète la production via un contrat de quinze ans signé avec Linea Energy. La construction doit débuter au troisième trimestre 2026, avec un objectif clair : alimenter ses opérations sur le marché électrique ERCOT, qui couvre l’essentiel du Texas.
L’appétit ne s’arrête pas là. Google a aussi signé deux accords avec TotalEnergies pour plus de 1 GW de solaire au Texas, soit une puissance annoncée de 1,17 GW cumulée sur plusieurs projets aux États-Unis. La logique : brancher des capacités renouvelables sur le réseau plutôt que d’ériger des centrales fossiles dédiées.
xAI et ses 59 turbines au gaz dans le viseur
Le voisin, lui, joue une autre partition. Une enquête de Reuters publiée le 14 juillet 2026 chiffre à 59 turbines au gaz naturel le parc déployé pour le projet Colossus 2, sans permis fédéraux sur la qualité de l’air. Dont 57 à Southaven, dans le Mississippi, juste de l’autre côté de la frontière de Memphis, les deux dernières sur un autre site.
En janvier, xAI reconnaissait publiquement 27 turbines non autorisées, tout en jurant qu’aucun permis n’était nécessaire. Ces unités mobiles servent à alimenter le supercalculateur Grok et ses infrastructures.
L’affaire dépasse largement la revue de presse. L’EPA a durci en janvier 2026 son interprétation des règles applicables aux turbines mobiles utilisées comme source d’alimentation principale. La NAACP a lancé une action en justice en avril contre xAI, épaulée par le Southern Environmental Law Center et Earthjustice. L’administration américaine a ensuite demandé à intervenir pour faire classer le dossier, sécurité nationale à l’appui, selon l’Associated Press et TechCrunch en juin.
Dans la même région, donc : d’un côté des mégawatts solaires et du stockage sous contrat longue durée, de l’autre des turbines au gaz contestées par les riverains, les associations et les régulateurs. La puissance de calcul se paie toujours quelque part. Reste à savoir qui règle la facture, et c’est rarement celui qui l’a commandée.