En Corée du Sud, la ruée vers l’IA continue de gonfler les comptes des fabricants de mémoire pendant que Séoul prépare déjà la facture du prochain cycle. Samsung Electronics, SK Hynix et le gouvernement enchaînent les annonces, avec une seule question en arrière-plan : jusqu’où tiendra la demande de puces mémoire nourrie par les centres de données et les accélérateurs d’IA ?
Points clés
- SK Hynix a dépassé Samsung en valeur boursière, à 2 080,4 billions de wons.
- La Corée du Sud lance trois méga projets, dont des data centers IA de 8,4 GW visant 550 billions de wons.
- Samsung prévoit 56 billions de wons pour des usines HBM et un plan domestique de 2 450 billions sur 2026-2040.
- Micron a sécurisé 22 milliards de dollars d’engagements clients sur la mémoire.
SK Hynix double Samsung au sommet
Les deux géants restent les grands gagnants de la flambée des prix de la mémoire. Fait notable, SK Hynix a dépassé Samsung en valeur boursière avec une capitalisation de 2 080,4 billions de wons, contre 2 066,7 billions pour Samsung hors actions préférentielles.
Le groupe a aussi renoué avec des profits records après le trou d’air de 2023, quand l’effondrement du marché lui avait coûté une perte opérationnelle annuelle de 7,73 billions de wons. En 2024, SK Hynix affichait déjà un bénéfice opérationnel de 23,5 billions de wons, un record porté par la mémoire à haute bande passante (HBM), brique essentielle des serveurs d’IA.
Samsung n’est pas en reste. Le constructeur prévoit d’injecter 56 billions de wons dans des usines HBM à Cheonan et Onyang, au sein d’un plan domestique de 2 450 billions de wons étalé entre 2026 et 2040. Ajoutez 400 billions de wons pour de nouvelles fabs de semi-conducteurs à Gwangju, et le compteur s’emballe.
Trois méga projets pour anticiper la prochaine vague
Le gouvernement a dévoilé lundi trois méga projets couvrant les semi-conducteurs, l’IA physique et les centres de données IA. L’État, Samsung, SK Group et Naver visent environ 550 billions de wons pour une première phase de centres de données IA de 8,4 GW, avec un démarrage des travaux au premier semestre 2028.
Côté production, SK Hynix compte achever une quatrième fab à Yongin d’ici 2033, soit douze ans plus tôt que l’objectif initial de 2045, et investir 400 billions de wons dans une nouvelle base de production au sud-ouest du pays. Une zone distincte des sites déjà actifs d’Icheon, Cheongju et Yongin.
Le calendrier colle à une offre sous tension. Les hyperscalers du cloud et les concepteurs de puces IA aspirent une part croissante de la HBM mondiale, dont Micron, Samsung et SK Hynix restent les trois fournisseurs incontournables. Micron a d’ailleurs publié des résultats en forte hausse après avoir révélé que ses clients s’étaient engagés sur 22 milliards de dollars d’achats pour verrouiller leurs stocks de mémoire.
Le revers du jackpot
Les profits engrangés alimentent aussi le débat politique. Début juin, le ministre du Travail a appelé les grands groupes technologiques à partager une partie de leurs gains exceptionnels avec sous-traitants et salariés. Le président Lee Jae Myung a tenu un discours similaire : la réussite des entreprises doit profiter plus largement à la société.
« L’IA n’a pas seulement créé une forte demande, elle a aussi provoqué des pénuries, ce qui a alimenté l’escalade des prix », a déclaré Jim Handy, analyste chez Objective Analysis, à Reuters.
La Corée du Sud cherche désormais à convertir ce cycle faste en capacité industrielle durable. Pour Samsung comme pour SK Hynix, l’équation tient en deux temps : encaisser la demande actuelle de HBM et de DRAM, puis encaisser le retournement quand il viendra. Car le marché de la mémoire, lui, n’a jamais fait dans la tendresse.