Quand le prix de votre barrette de RAM grimpe de 700 % en quatre ans, la coïncidence finit par sentir le complot. Une plainte antitrust déposée en Californie accuse Samsung, SK hynix et Micron d’avoir volontairement asséché l’offre de mémoire vive pour gonfler les tarifs. Les trois fabricants, qui contrôlent à eux seuls environ 90 % du marché mondial de la DRAM, se retrouvent visés par des consommateurs et de petites entreprises américaines.
Déposée le 25 juin devant la cour fédérale du district nord de Californie, la plainte reproche aux trois géants d’avoir coordonné leur bascule vers la mémoire HBM, chouchoutée par les accélérateurs d’IA, tout en rationnant la production de DDR3 et DDR4. Résultat selon les demandeurs : une flambée d’environ 700 % des prix de la DRAM sur quatre ans.
Points clés
- Une plainte antitrust déposée le 25 juin en Californie vise Samsung, SK hynix et Micron, soit 90 % du marché mondial de la DRAM.
- Les plaignants dénoncent une hausse d’environ 700 % des prix de la DRAM en quatre ans, liée au virage forcé vers la mémoire HBM.
- L’action collective invoque le Sherman Act et réclame des dommages triplés.
- Samsung et SK hynix avaient déjà été sanctionnés pour entente sur la DRAM dans les années 2000.
Une action collective de bricoleurs et de réparateurs
L’action réunit 14 particuliers et trois petites sociétés, dont des ateliers d’assemblage et de réparation de PC. Les plaignants invoquent la section 1 du Sherman Act, la loi antitrust américaine, et réclament le statut de recours collectif, une injonction et des dommages triplés que ce type de procédure autorise outre-Atlantique.
La plainte affirme que les fabricants ont « simultanément coupé la production », réorienté leurs capacités vers la HBM et étranglé l’offre de mémoire grand public. Le dossier cite au passage les hausses de prix de produits Apple bourrés de DRAM, comme l’iPad et le MacBook. Les trois entreprises n’ont pas réagi publiquement dans le cadre judiciaire.
La HBM, pièce maîtresse de l’accusation
La HBM (high-bandwidth memory), mémoire empilée prisée des GPU et des puces d’IA, est au centre du dossier. Les plaignants soutiennent que ce virage industriel a servi d’alibi à une réduction volontaire des volumes de DDR3 et DDR4, des composants plus anciens mais toujours essentiels dans les PC, les serveurs et les machines industrielles.
La plainte mise aussi sur la concentration extrême du marché. Bâtir une usine de DRAM coûte des dizaines de milliards de dollars et réclame des années, de quoi décourager tout nouvel entrant. Dans ces conditions, trois acteurs peuvent serrer le robinet de l’offre sans craindre qu’un rival vienne les doubler.
Un casier antitrust déjà bien rempli
Le terrain n’a rien de vierge. Samsung et SK hynix ont déjà été épinglés pour entente sur les prix de la DRAM au début des années 2000. SK hynix avait plaidé coupable et versé 185 millions de dollars d’amende en 2005, tandis que Samsung avait été poursuivi par les autorités dans la même affaire. La stratégie industrielle des trois leaders de la mémoire repasse donc au crible, pendant que la demande liée à l’IA continue de tendre le marché et d’alourdir la facture des modules grand public.