On voulait protéger les enfants en ligne, on obtient un contrôle d’identité permanent pour tout le monde. Cette semaine, deux textes emblématiques ont fait machine arrière sur leurs dispositions les plus décriées. Le KOSA américain (Kids Online Safety Act) et le Chat Control européen ont lâché du lest sur le front, mais gardé l’arrière-garde intacte : la vérification d’âge obligatoire. Pour Evin McMullen, PDG de Billions, c’est précisément là que se cache le vrai problème.
Points clés
- KOSA et Chat Control ont abandonné leurs dispositions les plus critiquées mais conservé la vérification d’âge obligatoire
- Le mécanisme oblige adultes comme mineurs à prouver leur identité pour naviguer, mettant fin à l’anonymat par défaut
- Chaque base d’identités vérifiées devient une cible pour les pirates et un point de surveillance
- Des solutions existent (preuves à divulgation nulle) pour vérifier l’âge sans révéler l’identité
Un recul de façade
Les deux projets ont reculé sur leurs mesures phares, celles qui avaient déclenché la levée de boucliers des défenseurs de la vie privée. Mais ni l’un ni l’autre n’a touché à la vérification d’âge généralisée. Le mécanisme paraît anodin, presque de bon sens. Il transforme pourtant chaque session de navigation anonyme en session identifiée.
Pour prouver qu’on a l’âge de consulter un site, il faut prouver qui l’on est. Papiers, scan facial, tiers de confiance : peu importe le procédé, le résultat est le même. L’anonymat en ligne, ce vieux principe fondateur du web, passe à la trappe pour tout le monde, mineurs comme adultes.
Le cheval de Troie de la protection de l’enfance
L’argument est imparable sur le papier : protéger les mineurs. Difficile de s’y opposer sans passer pour un cynique. Sauf que le dispositif ne fait pas la différence à l’entrée. Pour filtrer les enfants, il faut ficher les adultes. La logique voudrait qu’on vérifie l’âge des seuls suspects ; ici, on vérifie l’identité de tous les visiteurs, par défaut.
Résultat : une infrastructure de contrôle d’identité déployée à l’échelle du web, avec les fuites de données, les bases centralisées et les angles morts qui vont avec. Chaque nouvelle base d’identités vérifiées est une cible de plus pour les pirates, et un point de passage de plus pour la surveillance.
La régulation qui protège en surveillant
Le retrait des mesures les plus voyantes permet d’afficher un compromis. Pendant que l’attention se concentre sur les dispositions abandonnées, la vérification d’âge, elle, avance sans bruit. C’est la partie du texte dont personne ne parle et qui change pourtant le plus la donne pour l’internaute lambda.
Reste une question de fond que ces textes esquivent soigneusement : comment vérifier un âge sans révéler une identité. Des solutions techniques existent (preuves à divulgation nulle de connaissance, attestations vérifiables) qui permettraient de confirmer qu’on est majeur sans dire qui l’on est. Tant que la loi n’exige pas ce garde-fou, la vérification d’âge restera ce qu’elle est aujourd’hui : de la surveillance de masse habillée en protection de l’enfance.