Allumer quelques ampoules ne change pas la face du monde, sauf quand le courant sort directement d’un plasma. Realta Fusion affirme avoir transformé l’énergie cinétique d’un plasma en électricité sans passer par la case turbine à vapeur. L’essai s’est tenu sur WHAM, l’installation expérimentale exploitée avec l’université du Wisconsin à Madison.
La jeune pousse de Madison revendique « plusieurs ampères » sous environ 100 volts, de quoi faire briller quelques ampoules. Elle y voit une preuve de concept pour la conversion directe d’énergie (DEC), qui récupère l’énergie des particules chargées sans détour par le cycle thermique classique.
Points clés
- Realta Fusion revendique une première : convertir directement l’énergie d’un plasma en électricité sans turbine à vapeur
- Le test, mené le 19 juin sur la machine WHAM, a produit quelques ampères sous environ 100 volts
- La société travaille sur un concept de miroir magnétique, avec une centrale Hammir-DT visée pour la décennie 2030
- Helion et Pacific Fusion cherchent aussi à éliminer la turbine à vapeur de leurs futurs réacteurs
Une démonstration sur WHAM, le 19 juin
Selon le communiqué publié le 30 juin 2026, le convertisseur a été installé et testé sur WHAM le 19 juin. Realta Fusion se présente comme la première société privée du secteur à démontrer cette conversion directe sur une vraie machine de fusion.
Le principe : ralentir les particules chargées à une extrémité du dispositif pour créer une différence de potentiel, donc une tension capable d’alimenter un circuit. La société le dit elle-même, ce n’est ni un gain électrique net ni une conversion à grande échelle. Juste un courant qui circule.
« On parle beaucoup de la DEC depuis des années, alors on est juste allés le faire », a déclaré Kieran Furlong, directeur général de Realta Fusion.
Derek Sutherland, directeur scientifique, parle d’« une première démonstration » et d’« un jalon technique significatif ». Il précise aussi que les prochaines machines devront franchir l’étape du net-electricity, soit produire plus d’électricité qu’elles n’en consomment. Le détail qui change tout.
Le pari du miroir magnétique
Realta ne joue pas dans la cour des tokamaks médiatisés. La société développe un concept de mirror fusion, le confinement par miroir magnétique, fondé sur un champ axisymétrique et des aimants supraconducteurs à haute température.
Le 9 juin, l’entreprise a présenté Hammir-DT, son design préconceptuel de centrale à miroir tandem. Objectif annoncé : environ 500 MW de puissance de fusion, soit près de 200 MWe selon ses hypothèses de conversion, pour un coût de l’électricité visé sous 50 $/MWh en production. Le tout situé dans la décennie 2030.
La conversion directe pèse sur un point précis du bilan de rendement. Plus on récupère d’énergie des particules chargées sans passer par la chaleur, moins la machine dépend du cycle vapeur. Realta veut réserver le thermique à une partie de la production et compléter avec la DEC pour grappiller en efficacité.
Un secteur qui veut zapper la turbine
Le débarras de la turbine à vapeur n’est pas une lubie de Realta. TechCrunch rappelait le 19 juin que Helion mise déjà sur une récupération directe du courant produit par le plasma, et que Pacific Fusion ne prévoit pas de turbine dans son démonstrateur. Simplifier l’architecture des futures centrales devient une obsession partagée.
Pour autant, l’annonce de Realta reste une démonstration de laboratoire sur une machine expérimentale. Pas de centrale, pas de fonctionnement industriel. Une tension d’environ 100 volts, un courant de quelques ampères, un convertisseur qui alimente de petites charges. Modeste sur le papier, mais c’est précisément le genre de petits pas dont la fusion a besoin avant de promettre la lune.