Éteignez les lumières, baissez les stores, débranchez le chauffage d’appoint. Dans le comté de Henrico, en Virginie, les agents publics ont reçu une consigne digne d’une chasse au gaspi scolaire des années 1980. Le manager du comté, John Vithoulkas, a envoyé un courriel demandant à tous les employés (écoles et services sociaux compris) de couper tout ce qui consomme inutilement. La raison n’a rien d’écologique : les tarifs de l’électricité s’envolent, portés par une région qui abrite désormais l’une des plus grandes concentrations de data centers de la planète.
Henrico compte 37 centres de données sur son territoire. L’État de Virginie en recense plus de 400, et des centaines d’autres projets sont dans les cartons. Résultat : ce sont les collectivités et les ménages qui règlent l’addition.
Points clés
- Le comté de Henrico demande à ses employés, écoles et services sociaux d’économiser l’électricité après une hausse de 24,9 % des tarifs des collectivités.
- La Virginie recense plus de 400 data centers, l’une des plus grandes concentrations mondiales.
- Une taxe de 1,1 cent par kWh sur l’électricité des data centers est entrée en vigueur le 1er juillet 2026, visant jusqu’à 600 millions de dollars par an.
- Dominion Energy a obtenu plusieurs hausses de tarifs pour les ménages, la demande de pointe devant grimper fortement d’ici 2030.
Henrico demande à ses agents de couper le superflu
Le message vise tout le monde. Éteindre ce qui ne sert pas, limiter les apports de chaleur dans les bureaux, éviter les appareils énergivores. Rien de révolutionnaire, mais la mesure a une cause bien précise : une hausse de 24,9 % des tarifs pour les collectivités locales desservies par la structure d’achat collective VEGPA. Quand la facture publique grimpe d’un quart, chaque ampoule compte.
Le problème dépasse largement Henrico. En Virginie, et particulièrement dans le nord de l’État, la prolifération des centres de données est devenue un casse-tête permanent pour les élus, les régulateurs et les fournisseurs d’énergie.
Des tarifs en hausse et un cadre taillé pour les gros consommateurs
Face à la pression sur les factures, les régulateurs ont revu la façon dont les très gros consommateurs paient leur courant. En novembre 2025, la State Corporation Commission de Virginie a validé une nouvelle classe tarifaire pour les clients dépassant 25 MW de demande, avec contrats obligatoires sur 14 ans et charges minimales de 85 % pour le transport et la distribution, plus 60 % pour la production.
Dominion Energy, principal fournisseur de l’État, a également décroché ses hausses. Une facture résidentielle moyenne de 1 000 kWh par mois doit augmenter d’environ 11,24 $ en 2026, puis de 2,36 $ supplémentaires en 2027. Une autre majoration moyenne de 13,60 $ par mois a par ailleurs été validée pour les clients résidentiels sur deux ans.
Le débat s’est durci en juin avec l’adoption d’une taxe de 1,1 cent par kWh sur l’électricité consommée par les data centers, en vigueur depuis le 1er juillet 2026. Le dispositif doit rapporter jusqu’à 600 millions de dollars par an, le surplus étant remboursé si les recettes dépassent ce plafond. Autrement dit, on facture enfin l’ogre à la hauteur de son appétit.
Une demande qui tire tout le réseau vers le haut
Les chiffres fédéraux confirment la tendance. Le 29 juin, la U.S. Energy Information Administration a indiqué que les ventes d’électricité commerciales en Virginie avaient fortement progressé sous l’effet des data centers. L’agence précise que PJM anticipe, pour la zone Dominion qui couvre la Virginie, la plus forte hausse absolue de la demande de pointe estivale entre 2026 et 2030.
Le réseau tente de suivre en construisant davantage d’infrastructures. En attendant, les fermes de serveurs absorbent une part croissante de l’électricité disponible, pendant que les écoles de Henrico apprennent à travailler dans la pénombre. Une belle leçon de priorités.