New Delhi ne fait pas dans la demi-mesure. Le cabinet de Narendra Modi a validé le 15 juillet 2026 deux enveloppes qui pèsent leur poids : environ 6,5 milliards de dollars (62 500 crores de roupies) pour la fabrication de smartphones, et 13,3 milliards de dollars (1,28 lakh crore de roupies) pour muscler la filière des semi-conducteurs. L’idée est simple : ne plus se contenter d’assembler des téléphones conçus ailleurs avec des composants venus d’ailleurs.
Points clés
- 6,5 milliards de dollars sur cinq ans pour la fabrication de smartphones (2026-2031)
- 13,3 milliards de dollars pour prolonger l’India Semiconductor Mission
- Objectif affiché : 60 000 emplois directs et une production cumulée massive de terminaux
- Stratégie de réduction de la dépendance à la Chine, avec des acteurs indiens dans la chaîne de valeur
Deux programmes, deux maillons de la chaîne
Le premier dispositif, baptisé Mobile Phone Manufacturing Scheme, s’étale sur cinq ans, de l’exercice 2026-2027 à 2030-2031. Au menu : incitations à la production, aides sur l’approvisionnement en composants et bonus pour la conception et la R&D des marques indiennes. Selon le plan présenté par New Delhi, l’objectif chiffré vise une production cumulée d’environ 39 lakh crore de roupies et 60 000 emplois directs sur la période.
Le second volet vise les puces. Le gouvernement débloque 1,28 lakh crore de roupies de financement neuf pour prolonger l’India Semiconductor Mission, lancée pour attirer la conception, le packaging et, à terme, davantage de fabrication sur le sol indien. Traduction : l’Inde ne veut plus seulement visser des écrans, elle vise l’amont de la chaîne.
Se sevrer de la Chine, une commande à la fois
Le timing n’a rien d’un hasard. L’Inde grignote déjà une part de la production de smartphones délocalisée hors de Chine, tensions réglementaires sur les investissements transfrontaliers aidant. La semaine dernière, l’accord entre Vivo et Dixon Technologies illustrait le montage type : le groupe chinois fait fabriquer une partie de ses commandes en Inde via un partenaire local. La recette maison de New Delhi consiste à faire entrer les gros assembleurs, mais avec un maximum d’acteurs indiens dans la chaîne de valeur.
D’où l’insistance sur les composants. Sans production locale de puces et de packaging, la belle croissance de l’assemblage resterait suspendue à des pièces importées. Autant dire un château de cartes. Les nouvelles aides doivent solidifier l’amont pour que la montée en puissance ne repose pas uniquement sur des cargaisons venues de l’étranger.
Une trajectoire déjà lancée
Ces milliards s’ajoutent à un mouvement bien engagé dans les usines. L’Inde est devenue un hub de production majeur pour Apple et consorts, et plusieurs partenariats avec des fabricants locaux ont été approuvés ou discutés ces derniers mois. Le nouveau schéma pour les téléphones arrive d’ailleurs juste après l’expiration, le 31 mars 2026, du précédent programme d’incitations à grande échelle pour l’électronique.
Reste que l’Inde change de statut aux yeux du gouvernement : plus seulement un marché de consommation d’un milliard d’habitants, mais un site de fabrication qui vise l’assemblage complet. Le chéquier est sur la table. Aux usines de suivre.