Quand l’armée américaine se met à parler dette structurée et private equity, c’est que la guerre se joue aussi à coups de bilans comptables. Selon le Wall Street Journal, l’Office of Strategic Capital, rattaché au département américain de la Défense, recrute des banquiers d’affaires pour déployer plus de 200 milliards de dollars de prêts vers des secteurs jugés stratégiques pour la sécurité nationale.
L’agence, créée en 2022, a longtemps fonctionné avec des moyens modestes. L’élargissement de ses capacités de financement a changé la donne. Le Pentagone a lancé une campagne de recrutement visant des profils issus de la banque d’affaires, du crédit privé et du private equity, avec des rémunérations pouvant grimper jusqu’à 400 000 dollars par an. De quoi faire pâlir les grilles salariales de la fonction publique fédérale.
Points clés
- L’Office of Strategic Capital veut déployer plus de 200 milliards de dollars de prêts vers les secteurs stratégiques.
- Les secteurs visés incluent semi-conducteurs, centres de données IA, terres rares, drones et spatial.
- Le Pentagone propose jusqu’à 400 000 dollars par an pour attirer des banquiers d’affaires.
- Le premier prêt de 150 millions de dollars est allé à MP Materials pour les terres rares en 2025.
Un office militaire converti en machine à crédit
La mission de l’Office of Strategic Capital consiste à prêter à des entreprises dont l’activité touche la base industrielle et les chaînes d’approvisionnement considérées comme critiques. La cible dépasse largement l’armement classique. On y trouve la production de missiles, les réseaux télécoms, les minerais critiques, les semi-conducteurs, les centres de données pour l’IA, la construction navale, le spatial, les drones et l’industrie manufacturière avancée.
Le volume annoncé pose un problème inédit à une structure militaire : trouver, structurer et suivre des opérations de financement à grande échelle. Le dispositif se constitue avec des experts financiers, des conseillers et des contractuels chargés d’éplucher les activités des sous-traitants et d’accélérer les capacités de production liées à l’arsenal.
Des salaires calibrés pour Wall Street
Le cœur de la stratégie repose sur l’embauche de profils capables de monter des dossiers de dette complexes. Le Pentagone multiplie les offres à destination de banquiers d’investissement, avec l’objectif d’attirer des spécialistes des financements structurés, du crédit aux entreprises et des grosses transactions.
La montée en puissance s’appuie sur une première pierre déjà posée. En juillet 2025, l’office a annoncé son premier prêt, un financement de 150 millions de dollars accordé à MP Materials pour ses terres rares à Mountain Pass, en Californie. Ce prêt s’inscrit dans un cadre plus large doté d’une capacité de crédit pouvant atteindre 100 milliards de dollars pour les minerais critiques et les industries associées.
Une ambition encore à l’échafaudage
Le directeur de l’office, David Lorch, vise désormais des prêts principalement compris entre 1 et 5 milliards de dollars, tout en évoquant plusieurs opérations potentielles de plusieurs dizaines de milliards. Le premier chèque de 150 millions fait déjà figure de galop d’essai.
Au Congrès, l’activité de l’office attire l’attention. Des élus réclament des éclaircissements sur ses critères d’attribution, après plusieurs prêts et prises de participation liés à des entreprises de défense ou à des chaînes d’approvisionnement sensibles. La vraie question tient en une ligne : peut-on transformer un organisme public en acteur de marché pesant des centaines de milliards sans faire sauter les garde-fous qui vont avec.